La fabuleuse histoire de l'enseignement à distance au Conservatoire National des Arts et Métiers (1960-1990) - La grande croissance (2002-2003)
LE CENTRE DE TÉLÉ-ENSEIGNEMENT ET D'INNOVATIONS PÉDAGOGIQUES CNAM - PAYS DE LA LOIRE • 150 000 h. de téléformation par année • plus de 6000 télé-formés depuis l'origine • 40 UV ou 1/2 UV proposées • 5 filières de formation • exploitation du réseau Internet • travail à domicile, en entreprise ou dans un des 19 sites connectés au réseau régional Alain Meyer - a.meyer@cnam-paysdelaloire.fr - www.cnam-paysdelaloire.fr
En 2002-2003, Alain Meyer, créateur de l'enseignement à distance en Pays de la Loire
revient de Paris. Il vient de diriger pendant deux années l'extension à la France entière des outils et paradigmes développés jusqu'alors principalement en Pays de la Loire. La demande pour la formation à distance explose. L'offre tente de s'adapter à cet engouement. C'est l'époque de la croissance et de la structuration. Le document ci-après est la présentation réalisée par Alain Meyer de ce service baptisé, à l'époque: Centre de Télé-enseignement et d'innovations pédagogiques.
1 - Pourquoi un dispositif de e-formation au CNAM en Pays de la Loire ?
Le Centre Régional des Pays de la Loire du CNAM enregistrait en 1987 l'inscription de ses premiers "télé-formés". Depuis, plus de 10 000 personnes ont bénéficié des télé-formations de ce qui est devenu le Centre de Télé-Enseignement et d'Innovations Pédagogiques (CTEIP).
Pour tenir compte des contraintes de son public (en grande partie salarié) le Conservatoire dispense traditionnellement ses formations le soir. Cet impératif exige souvent de la part des apprenants, outre une savante navigation entre leurs impératifs professionnels et les déplacements pour rejoindre les lieux d'enseignement, une forte disponibilité intellectuelle pour suivre (après une journée de travail) des présentations d'un niveau souvent élevé.
A l'origine le CTEIP a donc été créé pour offrir à toute personne éloignée des grands centres urbains (où fonctionnent en général les Centres du CNAM) un accès à des formations qualifiantes et diplômantes. Il s'agissait pour les prometteurs du projet de réaliser avec ce dispositif un véritable aménagement éducatif du territoire.
Cependant le déploiement du dispositif a engendré au sein du Centre Régional du CNAM, une réflexion sur de nouveaux modes d'apprentissage, réflexion qui aujourd'hui influence l'ensemble des activités du Centre. La construction d'un dispositif d'apprentissage laissant plus d'initiatives à l'apprenant que le traditionnel "présentiel",
permettant à ce dernier de choisir ses rythmes et ses stratégies d'étude a rapidement constitué un objectif important pour les responsables du CTEIP.
2 - Le public des e-formations à distance au CNAM
Le public du CTEIP peut être caractérisé (entre autres …) par deux paramètres :
• ses objectifs de formations,
• son niveau de formation lors de son inscription au CNAM.
Le CNAM propose des formations diplômantes par unités de valeur capitalisables. Traditionnellement une partie importante du public s'inscrit donc au CNAM avec une visée de promotion sociale et de gestion de carrière rendue possible par les cursus et les modalités proposés. Ce public possède au minimum le niveau baccalauréat et au moins une première expérience professionnelle.
Cependant les demandes de qualification professionnelle constitue une autre demande importante du public CNAM. Les candidats choisissent alors un ou des modules nécessaires à l'apport de connaissances ou compétences souhaité. Pour ce public, et afin compléter son offre d'unités de valeur, le CTEIP propose des modules dits "hors cursus" (micro-informatique, apprentissage de l'Internet, bureautique) concernant un large public, qui ne dispose pas nécessairement d'un niveau académique particulier.
3 - Des principes de fonctionnement
Rompant avec l'enseignement à distance "traditionnel" et ses lacunes pédagogiques, les responsables du CTEIP ont imaginé un dispositif où quatre situations de formation sont, en alternance, proposées à l'apprenant ... et l'enseignant. Ces situations, dont la diversité contribue à maintenir les motivations, intègrent les dimensions "acquisition", mise en application et "échange" de l'acte d'apprentissage. Décrivons-les succinctement.
• L'auto-apprentissage individuel : l'apprenant assimilent des éléments les principales notions théoriques disponible à travers des supports numérisés (accessibles via la plate-forme de e-formation Plei@d sur Internet). Il complète cet apprentissage par une exploitation de logiciels éducatifs interactifs qui lui apportent :
. une présentation sous une forme dynamique de certains concepts, . une possibilité d'auto-évaluation des connaissances acquises par un jeu de questions-réponses.
• L'auto-apprentissage collectif qui peut prendre deux formes :
. une fois par semaine l'apprenant peut, s'il le souhaite, retrouver ses collègues dans une salle de proximité mise à disposition par le CTEIP. Ces regroupements sont l'occasion d'échanges, de reformulations des contenus,
de travaux communs et également de stimulation mutuelle. Lors de ces séances les apprenants travaillent également sur les micro-ordinateurs équipant les salles. Ils accèdent alors à la plate-forme Plei@d pour exploiter des produits pédagogiques interactifs centralisée sur le serveur du CTEIP. Cette activité, réalisée en l'absence d'enseignant, leur permet d'autovalider leurs acquis et de visualiser dynamiquement certains concepts. Malgré son caractère a priori individuel, cette situation de travail est l'occasion de discussions et de mises au point collectives
. la plate-forme Plei@d permettant le travail sur des sujets communs (via le forum par exemple), un thème proposé par un des acteurs (le plus souvent le formateur) peut être alors objet d'un travail collectif impliquant des apprenants distants entre eux. Le Chat est également exploité sur initiative du formateur le plus souvent. L'objectif est de créer une véritable communauté éducative "virtuelle".
• Le tutorat : les apprenants reçoivent, via Plei@d, des informations complémentaires (individuelles ou collectives) de leur enseignant ou de la part d'autres groupes.
Ces explications sont enrichies par l'échange d'informations multimédias.
L'apprenant peut utiliser la messagerie multimédia de Plei@d pour informer ce tuteur de ses difficultés et de son souhait de se voir contacter. Ce mode de communication asynchrone est également utilisé pour tout échange d'informations ne présentant pas un caractère d'urgence. L'échange téléphonique, le cas échéant, complète utilement l'échange de messages numériques.
• Les regroupements formateurs-apprenants: organisés 3 ou 4 fois par module, ils contribuent à maintenir un type de contacts sollicités par les "télé-enseignés" (situation connue donc rassurante, dimension affective, spontanéité des échanges, ...).
Le CTEIP décline à travers ces différentes situations d'apprentissage le concept "d'autoformation accompagnée".
4 - Des modalités pratiques
Les apprenants disposant d'un accès individuel (domicile, entreprise, ...) à un poste de micro-informatique communicante (Internet) peuvent suivre leurs téléformations en choisissant le lieu, le moment et le rythme de leur travail
Néanmoins afin d'assurer une égalité d'accès à tout public et un fonctionnement dans des conditions économiques acceptables, le CTEIP s'appuie sur les collectivités locales pour exploiter des moyens (matériels, salles) accessibles facilement pour les apprenants. C'est ainsi que des lycées, des maisons de la formation, des médiathèques, des chambres de commerce constituent autant de lieux où le CTEIP peut proposer à son public de venir étudier en mettant en particulier en œuvre les situations 1, 2 et 3 évoquées ci-dessus. Ces sites ont été baptisés "antennes" du CTEIP.
Ces antennes ont une configuration répondant à un cahier des charges établi par le CTEIP : suffisamment spacieuses pour recevoir une douzaine d'apprenants, elles sont en général équipées d'un parc de 10 à 12 micro-ordinateurs de type PC reliés par un réseau local et une connexion au réseau Internet. Un scanner monochrome et deux ou trois imprimantes complètent cet équipement.
Le siège du CTEIP est quant à lui équipé d'un ensemble de serveurs (gérant la messagerie, le site WEB, les bases de données pédagogiques, les fichiers utilisateurs) et d'une liaison haut débit (2 Mb/s) vers le réseau Internet. Un réseau local de postes-tuteurs (5 postes) permet aux enseignants d'accompagner leurs apprenants et de réaliser leurs travaux pédagogiques (création de ressources).
A l'image des apprenants les enseignants équipés d'un micro-ordinateur et d'une connexion Internet à leur domicile peuvent choisir leur lieu de travail.
5 - Des rôles bien définis
Si l'on excepte la phase amont de production des outils pédagogiques, le fonctionnement du CTEIP s'appuie sur une équipe où l'on distingue cinq types de fonctions. 
• L'enseignant → il a en charge la responsabilité du contenu proposé aux apprenants, du choix des outils pédagogiques, de la validation des formations; il anime en général les réunions de regroupement. Il a naturellement déjà enseigné son module sous une forme traditionnelle pour en percevoir très précisément les difficultés. Il est agrée par le CNAM et est en général vacataire. 
• Le tuteur → il anime les séances de télé-tutorat et corrige les travaux réalisés par les apprenants; il est en relation très régulière avec l'enseignant (il s'agit 2 fois sur 3 de la même personne …), avec qui il partage les réunions de regroupement. Il est vacataire.
• L'animateur local → c'est en fait le correspondant du CTEIP en antenne . Il n'a pas de rôle pédagogique particulier et intervient de façon ponctuelle en début d'année pour présenter salles et matériels aux apprenants, réaliser quelques démonstrations et pour régler les problèmes matériels locaux.
Il s'agit le plus souvent d'un enseignant du Lycée accueillant l'antenne, dans certains cas d'un ancien apprenant ou d'un salarié de la structure d'accueil (dans le cas des maisons de la formation).
• L'équipe technique centrale → son rôle est indispensable au bon fonctionnement des serveurs et du réseau de e-formation, vecteurs incontournables des activités d'enseignement et d'apprentissage. Elle assure la hot-line technique pour les apprenants … et les formateurs.
• L'équipe "administrative" → chargée de l'orientation et des relations entre le CNAM et ses apprenants, ses compétences sont impactée par le fait que son activité se déroule essentiellement à distance.
6 - Quelques chiffres
En 2002/2003 le CTEIP propose ses télé-formations à tout apprenant ayant accès à un "micro-ordinateur communicant" (via Internet). Plus de 80% des apprenants, équipés d'un tel matériel, travaillent la majeure partie de leur temps à domicile (et certains en partie dans leur entreprise).
Sur les Régions Pays de la Loire et Bretagne, les apprenants non équipé peuvent utiliser les salles de 11 sites délocalisés (petits bassins économiques des régions Pays de la Loire et Bretagne) et des 10 centres "classiques" du CNAM où certains modules ne peuvent être proposés, faute d'effectifs suffisants.
Quatre cursus diplômants (niveaux Bac. + 2 et Bac. + 4) sont proposés : Informatique, Economie et gestion, Homme-travail et entreprise,
Organisation d'entreprise et Techniques des industries agro-alimentaires.
A la rentrée 2002/2003, 1800 apprenants se sont inscrits au CTEIP, dont certains avec une inscription "mixte" (des modules en enseignement "présentiel", d'autres au CTEIP) et d'autres, bien qu'ayant la possibilité de suivre leurs enseignements sous forme classique, en faisant le choix délibéré de la télé-formation.
Le CTEIP fonctionne avec 7 collaborateurs à temps plein : un directeur, un responsable pédagogique, un administrateur système (Plei@d), deux développeur multimédia, et de deux assistantes chargées de faciliter les relations entre les acteurs.
Quarante enseignants vacataires complètent cette équipe et animent les télé-formations du CTEIP.
7 - Des observations sur les usages ...
A priori fragilisé par son éloignement du formateur, l'apprenant du CTEIP trouve dans l'alternance isolement/regroupement, télé-accompagnement/présence de l'enseignant l'occasion de développer ses propres stratégies d'apprentissage. Le concept du "groupe en formation" reste en particulier présent et recherché : il est ainsi significatif que, sur des situations a priori d'individualisation comme l'enseignement assisté par ordinateur, les apprenants se retrouvent parfois à 3 ou 4 devant un écran pour discuter autour des informations affichées.
Malgré le caractère exigeant de la télé-formation, les résultats du CTEIP (taux d'abandon, succès aux validations) sont, à contenus identiques, similaires à ceux des formations "présentielles" du CNAM. Mais un "plus" notoire réside en ce que les "télé-enseignés" prennent conscience que, par leur expérience au CTEIP, ils développent des compétences - autonomie, auto-évaluation, organisation du temps, gestion de groupe, connaissances techniques liées aux outils, ... - valorisantes aujourd'hui. L'équipe du CTEIP travaille d'ailleurs régulièrement pour renforcer cette prise de conscience.
Cependant si, via Plei@d, l'accès à une base de ressources pédagogiques (supports interactifs, documents d'actualité numérisés, corrigés type numérisés, ...), a tout de suite été plébiscité, les échanges "multimédias" ont notoirement plus de mal à s'installer. Elaborer un message multimédia pertinent et réellement efficace ou contribuer efficacement à un forum semble encore poser quelques problèmes de conception aux acteurs du dispositif (enseignants et apprenants).
Sur une autre plan, des problèmes techniques surgissent parfois (encombrement des accès Internet, temps de transfert des informations perçus comme trop longs, ..) et perturbent un apprentissage que l'on voudrait serein. Par ailleurs l'absence de culture informatique des apprenant, la nouveauté "culturelle" que représente le monde de l'Internet, l'hétérogénéité des matériels informatiques exploités génèrent quelques difficultés.
Pour ce qui concerne les produits pédagogiques, supports indispensables à l'apprentissage au CTEIP, leur développement reste dans la plupart des cas lourd et onéreux, ceci malgré les progrès réalisés au niveau des outils de production. Pour certaines situations le CTEIP a pris le parti de construire des briques pédagogiques, petits modules interactifs dont l'exploitation mobilisera l'apprenant pendant une heure environ, et dont la production reste souple car modulaire. Cette philosophie est d'ailleurs bien adaptée aux pratiques présentes sur le WEB, qui est par nature un monde dynamique.
Si un enseignant découvre sur le marché (éditeur, WEB) un outil correspondant aux besoins de son télé-enseignement, outre les négociations tarifaires, le CTEIP doit également faire face aux difficultés liées aux diffusions par téléchargement mal résolues par les éditeurs.
8 - Perspectives ...
Les perspectives de développement du CTEIP se définissent selon plusieurs axes.
• Les évolutions pédagogiques : il s'agit pour le CTEIP de proposer de nouveaux modules permettant de répondre aux attentes de son public. Cette ambition nécessite naturellement un ajustement des capacités de production des outils pédagogiques, la poursuite d'une politique de mutualisation avec les autres Centres CNAM et l'établissement de partenariat avec d'autres acteurs de la formation.
• Les évolutions "pédagogico-technologiques" : en 1998/99 Plei@d a été inaugurée pour exploiter les potentialités du réseau Internet. De nombreuses fonctionnalités, relatives en particulier aux fonctions synchrones (visio-PC, "Chat", partage d'applications, ...), sont intégrées progressivement; l'évolution des interfaces, en fonction des avancées technologiques de l'Internet, fait également partie des priorités.
• Le transfert de savoir faire : le modèle technico-pédagogique développé par le CTEIP a été repris par l'ensemble du réseau CNAM (6 serveurs Plei@d hébergent aujourd'hui les téléformation de tous les centres CNAM).
Outre de transfert de la plate-forme Plei@d et de prestations de conseil d'exploitation, cette contribution se traduit par des activités de formation des futurs formateurs à distance,
activités que le CTEIP entend consolider sur le plan national (vers d'autres institutions) et international. Dans le cadre des programmes de soutien européens et/ou avec l'aide du Ministère des Affaires Etrangères, ce type de transfert se déploie d'ailleurs déjà vers les partenaires universitaires, des organismes de formation en France et à l'étranger ( IUT, IUFM, IFPMEde Bruxelles, Université de Ploiesti en Roumanie …).
• L'implantation de télé-formation en entreprise : l'organisation choisie par le CTEIP doit permettre aux entreprises, par exemple à certaines PME confrontées à des problèmes d'ordre organisationnel pour la formation de leurs personnels, de trouver une solution flexible et économique pour des actions de courte durée. L'entreprise peut alors tout à fait être considérée comme une antenne, au sens défini précédemment.
• La recherche appliquée : outre une capitalisation des acquis de son expérience, le CTEIP souhaite rester un terrain d'expérimentation permettant, à son niveau, de faire progresser la connaissance relative à l'exploitation des nouvelles technologies éducatives. Un Centre spécialisé, le CEANTE (Centre d'Etudes et d'applications des Nouvelles Technologies Educatives) a été créé par le CNAM et implanté à Nantes pour développer cette dynamique de recherche indispensable au développement des activités de téléformation.

